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Journées Nationales de l’Intelligence Economique 2012

7 décembre 2012 par Olivier URRUTIA

Vous trouverez ci dessous le contenu de l’intervention d’Olivier Urrutia, vice président de l’OFTT, lors des Journées Nationales de l’Intelligence Economique 2012. En complément, vous retrouverez l’ensemble des actes de ce colloque dans le dossier complet joint à cet article.

Afin de présenter la raison d’être et les activités de l’Observatoire français des think tanks, il me faut d’abord vous parler des think tanks eux-mêmes, notre objet d’étude. Car ici, l’objet définit l’outil.

Dans un souci de clarté, nous nous limiterons à évoquer les quatre grands types de think tanks reconnus afin de peindre le tableau paysager de l’écosystème des think tanks. Les premiers et plus répandus sont les think tanks généralistes, plus ou moins proches des partis politiques, qui traitent d’un large éventail de thématiques : politique, économie, santé, éducation, défense, relations internationales. Viennent ensuite les advocacy tanks. Ces organisations dédiées à une seule thématique structurent leur activité de recherche et de communication autour de celle-ci. Les advocacy sont les hérauts d’une spécialisation toujours plus grande des think tanks. Ce phénomène qui connaît un essor considérable ces dernières années, peut s’expliquer à l’aune de la crise qui menace et questionne notre modèle de société et, de la concurrence accrue entre think tanks qui induit un niveau d’expertise sans cesse plus important afin d’être entendu et reconnu. Comme en réponse à un panorama anxiogène et incertain, la société civile s’organise avec l’objectif assumé de participer au destin collectif. En parallèle, la crise réduit l’accès aux sources de financement aux laboratoires d’idées et leur multiplication, exponentielle ces dernières années, rend moins audible leurs voix dans le concert des politiques publiques. Dés lors, les advocacy semblent constituer une réponse adéquate pour développer une expertise et la porter plus efficacement à l’attention des décideurs politiques. Puis, nous retrouvons les centres de réflexion institutionnels, comme par exemple le Centre d’Analyse Stratégique, ou le CEPII qui y est adossé, intégrés dans le giron de l’Etat. Enfin, les think tanks adossés à de grandes écoles ou à des universités qui fonctionnent sur le mode de centres de recherche. Leur activité réside essentiellement dans le savoir faire et moins dans le faire savoir. L’on peut citer à titre d’exemple et de façon non exhaustive l’OFCE et le CERI.

Les trois premiers types de think tanks, qui peuvent différer structurellement, idéologiquement ou dans les thèmes traités, travaillent sur trois axes, trois temps. D’abord, celui de la réflexion qui s’appuie sur la veille et la recherche à partir desquelles les think tanks vont développer un savoir empirique et pointu sur différents thèmes. Puis, le temps de la proposition, de la recommandation. En effet, à partir de la connaissance acquise, les think tanks tentent de produire de l’intelligence. Tels des alchimistes, il s’agit pour les think tanks de transformer l’information en action potentielle et adaptée à une stratégie collective servant l’intérêt général. Si cette dernière considération peut être parfois dévoyée, l’objectif est bien celui de décliner ces connaissances en propositions pertinentes afin d’aider les décideurs politiques et économiques, notamment, en tenant compte de leurs besoins et contraintes, à la prise de décision. Cette étape, qui tient aussi de la prospective et qui constitue l’une des bases de la mission des think tanks, est indispensable à la conduite des affaires politiques et économiques des secteurs public et privé. Car, c’est de la capacité d’anticiper que résulte en grande partie l’efficience des choix du présent. Il faut toutefois préciser que les think tanks opèrent aussi auprès de la société civile en recourant à une communication pédagogique descendante afin de relayer des décisions prises au sommet et de les diffuser de façon globale. Enfin, le dernier temps concerne celui de la stratégie d’influence. Pour des raisons de moindres coûts, de pragmatisme et d’efficacité, l’influence des think tanks opère surtout grâce à des plans de communication qui profitent largement du développement des nouvelles technologies : site internet, réseaux sociaux, numérique et poadcast sont autant de moyens de diffusion d’idées sur le mode global, simple, rapide, direct et interactif. A cet égard, parler de marketing des idées ne semble galvaudé. Dans ce contexte qui tend vers une forme de démocratie participative, les think tanks peuvent, par exemple, remplir le rôle de producteurs d’idées et de médiateurs, de relais d’influence entre différents acteurs concernés par les questions de politiques publiques. Ils contribuent à nourrir et à influencer le débat dans les hauts lieux de prise de décision concernant les normes et réglementations. L’on peut designer ce type d’action par l’expression soft law. En effet, à l’instar du poids toujours croissant des lobbys et ONG dans la prise de décision et dans la formalisation de normes, nationales et internationales, les think tanks, en s’appuyant sur leur expertise, sur leur réseau, ainsi que sur leur stratégie de communication ont un impact conséquent sur la prise de décision. S’il est difficile aujourd’hui, voire présomptueux, d’évaluer précisément l’influence des think tanks, en revanche, il est possible d’avancer, sans risque de se fourvoyer, que leur impact est réel. L’influence est endémique à la nature même des think tanks : participer au débat et à la prise de décision portant sur les politiques publiques.

Lorsque l’on se réfère au positionnement des think tanks, le terme d’ubiquité semble approprié tant ils se situent au confluent de la réflexion et de l’action : en amont dans leur activité de veille, de production de connaissance et même d’évaluation et, en aval, dans la communication des idées auprès des décideurs politiques et économiques. Pour prendre un raccourci factuel et illustrer la situation française, on peut affirmer que les Etats-Unis ont acquis une avance insigne sur le reste du monde dans cet exercice et que la France reste en retrait en dépit de progrès notables depuis quelques années. Il faut toutefois souligner qu’en Europe, si les Allemands et les Anglais se situent dans une position intermédiaire, leurs think tanks ont des moyens accrus quant à leurs homologues français. La principale explication à ce retard et à ce déficit d’excellence tient principalement à trois éléments. Le premier écueil est financier, car en France il n’existe pas véritablement une culture ni de dispositifs économiques et fiscaux favorisant la donation, le mécénat individuel et d’entreprise comme c’est le cas aux Etats-Unis. Le second frein à une montée en puissance du phénomène think tank en France tient à la structure historiquement jacobine d’un Etat centralisé à l’extrême, qui puise ses besoins en expertise auprès de ses élites déjà constituées – énarques notamment – déjà en place dans la haute administration publique et dans les ministères. En conséquence de quoi, l’Etat français sollicite peu les experts issus de la société civile et du privé. Enfin, la dernière limite s’explique par la lointaine méfiance française à l’égard de concepts venus des Etats-Unis auxquels la France prête une connotation péjorative en raison de cadres de références différents. En France, pendant fort longtemps et aujourd’hui encore, le think tank est souvent associé à lobby, terme souvent corrélé aux notions de manipulation et de collusion d’intérêts au détriment de l’intérêt général. Aux Etats-Unis le lobbying est considéré comme le signe fort d’une participation de la société civile dans la conduite des affaires publiques et la possibilité pour chacun d’agir directement préservant ainsi l’idée d’intérêt général.

Le rôle pertinent que peuvent remplir les think tanks dans la conduite afférente aux questions d’intelligence économique et stratégique d’un Etat étant posé, il s’agit de vous présenter l’Observatoire français des think tanks. Notre organisation fut créée en 2006 par un noyau d’anciens étudiants de l’Ecole de Guerre Economique. Il faut souligner ici l’initiative innovante qui a permis la mise en place d’une telle structure sans aucun appui extérieur privé ou public. Innovante en cela que notre observatoire est encore aujourd’hui le seul existant en la matière en France, en Europe. La vocation première de l’OFTT est d’étudier, d’analyser l’émergence du phénomène think tank aussi bien en France qu’à l’étranger et de diffuser le plus largement possible et sous toutes les formes de communication cette connaissance acquise. La production des idées, leurs circulations, la transformation des partis politiques, l’émergence de contre pouvoir au sein de la société civile, le recours à l’expertise tant publique que privée, tels sont les grands axes de recherches et de réflexions menés au sein de notre organisation. Actuellement, la composition des membres s’est élargie et diversifiée, puisque nous comptons avec des chercheurs universitaires, des experts issus du privé et des journalistes. Toutes ces personnes croisent et partagent, au sein de notre structure, leurs observations, leurs connaissances, leur passion et leur expertise développée à partir de l’action de veille et d’analyse avec l’objectif de produire de l’information ouverte et pédagogique sur ce que sont et font les think tanks en France, en Europe et dans le monde.

Les équipes de l’OFTT réalisent aussi des études comparatives sur les systèmes politiques de divers pays en lien avec la place et le rôle des think tanks nationaux (Inde, Japon, Espagne, Israël, Italie, Argentine, Nigeria etc…), afin de mieux en souligner les spécificités. En complément, nos équipes réalisent des interviews de responsables politiques, économiques et de représentants de think tanks ou leur proposent des tribunes libres toujours consacrées aux problématiques de politiques publiques. Enfin, nos experts rédigent des articles et des dossiers de fond sur des thématiques d’actualité. En cela, le site internet est un véritable outil d’accès libre à ces informations et de diffusion au plus grand nombre des analyses de l’Observatoire.

L’activité événementielle a été l’objet d’un effort soutenu en interne ces derniers mois afin d’aller à la rencontre physique d’un public averti et en attente d’information. Nous organisons donc des conférences sur des sujets politiques, économiques et sociétaux en partenariat avec des think tanks, des entreprises, des institutions et des grandes universités. Dans son souci permanent de créer des espaces de rencontre, d’échange et de partage entre les acteurs et les experts des politiques publiques, l’Observatoire Français des Think Tanks a souhaité dépasser le cadre national et, pour la première fois, organise, le 13 juin 2012, à Madrid, en partenariat avec l’Institut Juan Velásquez de Velasco de l’Université Carlos III et l’appui du Centro Nacional de Inteligencia (CNI) espagnol, une journée de conférence consacrée aux modèles de réflexion d’intelligence économique et stratégique en Europe, et plus particulièrement en France et en Espagne. A cette occasion, nous avons réuni des experts français et espagnols reconnus comme Claude Revel (IrisAction, Skema Business School), Philippe Clerc (CCI France), François-Bernard Huyghe (Iris), Jean-François Daguzan (Fondation pour la Recherche Stratégique), Christian Harbulot (Ecole de Guerre Economique), Alain Juillet représenté par Rodolphe Monnet (Ambassade de France à New Delhi) pour ce qui est de la représentation française. La délégation espagnole comptait avec d’éminents représentants de think tanks, d’universités et de grandes institutions, ainsi Joan Anton Mellon (Université de Barcelone), Felix Arteaga (Real Instituto Elcano), Jordi Marsal (CESEDEN), Eduardo Olier (Instituto Choiseul), Isaac Martin Barbero (ICEX), Miguel Angel Ballesteros (IEEE), Vicente Garrido (INCIPE), Jose Maria Roman (FCyV), Emilio Sanchez de Rojas Diaz (Colonel d’Artillerie, EAED), Diego Navarro Bonilla (Carlos III), Luis Martinez (Carlos III), Fernando Velasco (Rey Juan Carlos).

Nous nous inscrivons dans un rôle d’évaluateur – et non pas de censeur ou de juge - et d’analyste de l’écosystème des acteurs des politiques publiques et de leurs propositions. L’Observatoire rempli le rôle de facilitateur et d’interface entre société civile et décideurs. Les conférences ont pour vocation de faire se rencontrer tous ces acteurs et de créer des espaces dédiés au débat, à l’échange d’idées et d’information. Car l’enjeu sous-jacent pour nous est bien de participer à la constitution de réseaux plus fluides et plus efficaces, de mettre en exergue les idées innovantes, de démocratiser l’accès à l’information et de diffuser de la connaissance. C’est pour toutes ces raisons que les medias, les responsables de corps intermédiaires, les dirigeants d’entreprises, les chercheurs universitaires, les professeurs, les décideurs politiques et les cadres d’institutions d’Etat, nous suivent au travers de notre site internet, de notre newsletter et de nos conférences ou que certains nous sollicitent pour du conseil en lien avec notre expertise.

Je pense, et j’espère, avoir expliqué synthétiquement ce que nous faisons à l’OFTT et l’intérêt de ce l’on y fait. Je finirai en soulignant notre dernière initiative : l’organisation, depuis l’an dernier, des trophées des think tanks français en partenariat avec Burson-Marsteller i&e et avec la collaboration de CCI France et du Conseil Economique, Social et Environnemental. Notre idée ici est de lancer une dynamique collective et de convier à ce moment, que nous souhaitons structurant pour l’écosystème des think tanks, un maximum de responsables de laboratoires d’idées, de décideurs politiques et économiques, d’experts issus des milieux académiques, de leaders d’opinion ainsi que des représentants de la société civile. Nous essayons de faciliter le dialogue entre toutes ces personnes et de le porter à la connaissance du public, ce qui n’existe pas réellement aujourd’hui en France ni même en Europe.

Le développement de l’Observatoire intéresse aujourd’hui de nombreuses structures - universités, écoles, entreprises, institutions – et les sollicitations nombreuses nous amènent à faire évoluer notre organisation l’adaptant à un contexte sans cesse mouvant et aux nouveaux enjeux qui se profilent. C’est pourquoi l’Observatoire français des think tanks conduira de grandes évolutions - et non pas de révolutions - dans son modèle en 2013-2014 qui nous permettront ainsi de continuer à remplir notre rôle, décrit précédemment, à un niveau plus large et encore plus décisif notamment au niveau stratégique et du domaine de la diplomatie intellectuelle.

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