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Lancement du think tank Saf agr’idées

20 juillet 2014

A l’occasion de l’Assemblée Générale de la Société des Agriculteurs de France (SAF) le 12 juin 2014, l’Observatoire des think tanks était invité, en la personne de son vice président Olivier Urrutia, ainsi que l’IRIS, la Fondation Robert Schuman, la Fondapol et la Fabrique de l’Industrie, à intervenir dans le cadre de la présentation officielle des nouveaux nom et logo du think tank de la SAF, devenu, donc, la saf agr’iDées. Monsieur Bruno Le Maire, député de l’Eure et ancien ministre de l’agriculture, est intervenu également en tant que témoin politique. Il est à noter que l’assemblée générale a vu la réélection du Président sortant Monsieur Laurent Klein.

1. Table ronde : Messieurs Urrutia (OTT), Abis (Iris / CIHEAM), Ferrère (saf agr’iDées)

Lors de cette première table ronde, les intervenants étaient invités à mettre en perspective le lancement de saf agr’iDées. En effet, en préambule, Monsieur Patrick Ferrère, le Délégué Général de saf ‘agr’iDées a fait le lien entre les enjeux stratégiques liés aux questions agricoles et l’importance pour la SAF de faire évoluer, de moderniser, son think tank. L’objectif principal reste celui de fédérer de façon transversale la communauté des professionnels du monde de l’agriculture autour de thématiques majeures telles que la sécurité et la souveraineté alimentaires, la santé, l’économie et l’emploi, l’énergie et le développement durable, la ruralité etc. Le projet de saf agr’iDées est de rester au plus près des contingences actuelles afin de répondre efficacement aux défis du monde de l’agriculture si étroitement lié à l’histoire de la France.

Sébastien Abis, chercheur associé à l’IRIS et Conseiller au Secrétariat Général du CIHEAM, a, quant à lui, souligné toute l’importance des questions agricoles dans un monde globalisé et moderne. Il s’est attaché à expliquer la position centrale de l’agriculture d’un point de vue géographique, politique et économique, et la nécessité de traiter cet aspect par l’expertise transversale et l’intelligence collective. Monsieur Abis a rappelé que si la France était le plus gros producteur et exportateur agricole d’Europe, il convenait d’envisager la sphère d’influence de la France bien largement au-delà des frontières européennes. Deux tiers des exportations de produits se réalisent en dehors de la zone euro. Il a été également précisé que la francophonie jouait un rôle prépondérant dans cette capacité d’exportation et qu’il était donc fondamental pour la France de mener une politique ambitieuse de stratégie d’influence au service de son agriculture, véritable pilier de son économie et de sa culture.

Enfin, Monsieur Olivier Urrutia , après avoir présenté brièvement les activités de l’Observatoire des think tanks, est revenu sur la genèse des think tanks. Il a ainsi exposé les conditions d’émergence de l’objet think tank, les critères qui permettent d’identifier un think tank et les différentes typologies de structures existantes. A la lumière de ces éléments, Monsieur Urrutia a analysé les conditions historiques qui ont concouru à la création de saf agr’iDées. C’est ainsi qu’il a mis en lumière le lien entre les proto think tanks nés en Angleterre et aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle et la naissance de la Société des Agriculteurs de France apparue en 1867 faisant ainsi de cette structure le plus ancien proto think tank référencé à ce jour. Il a ensuite dépeint l’évolution permanente de la SAF, de 1867 jusqu’à l’époque actuelle, dont les principaux ressorts logiques résident dans la matrice et dans le sujet lui-même. Afin d’appuyer sa démonstration, il a lu le texte « La Société des Agriculteurs de France » de Félix Vidalin publié en 1876 dans la Revue des Deux Mondes (T. 13) qui décrit parfaitement les prémices de ce qui sera saf agr’iDées.

Le Président Laurent Klein, saluant cet exemple parfaitement trouvé, en a profité pour rappeler aux membres présents que la SAF avait déjà lancé l’opération de numérisation de tous les numéros de la revue SAF (créée en 1967) et des archives liées à l’organisation afin de les rendre consultables sur demande aux adhérents.

La table ronde s’est finie sur les nombreuses questions de l’assistance.

2. Table ronde :

Lors de cette seconde table ronde que Monsieur Dominique Reynié, Directeur Général de la Fondation pour l’innovation politique, avait introduite en revenant sur les nouvelles modalités de débat autour des politiques publiques dans une société en mutation, Madame Magali Balent de la Fondation Robert Schuman, Monsieur Vincent Charlet de la Fabrique de l’Industrie et Monsieur Ferrère de la saf agr’iDées ont présenté, en réponse aux questions du modérateur, le journaliste Jacques Hebert, leur think tank afin d’en expliquer le mode de fonctionnement, l’impact, le rôle faisant ainsi écho à la présentation de Monsieur Reynié.

A cette occasion, Monsieur Benjamin Le Pendeven, co-auteur avec Kevin Brooks de la note sur l’Etat innovant et les think tanks commandée et publiée par la Fondapol, est revenu sur les conditions nécessaires à l’émergence d’un écosystème français des think tanks et à son postérieur enracinement solide.

En totale congruence avec les propos de Monsieur le Pendeven, Olivier Urrutia, vice président de l’Observatoire des think tanks, a présenté les trophées des think tanks dont la troisième édition s’est tenue le 17 mars 2014 au Conseil Economique, Social et Environnement sous le haut patronage du Président Jean-Paul Delevoye. En effet, en écho aux considérations de Benjamin le Pendeven, Olivier Urrutia a précisé que les trophées des think tanks étaient un événement structurant pour l’écosystème des think tanks. Il s’agit pour l’Observatoire des think tanks de contribuer à l’émergence et à la structuration d’un écosystème français des think tanks, d’en présenter les différents acteurs, leur place, leur rôle, leur fonctionnement, dans une démarche de pédagogie à destination des décideurs politiques, des entreprises, des médias, des universitaires et du grand public plus largement. Identifier et recenser, impliquer les représentants de la société civile dans l’évaluation de ces structures, donner à voir les différentes réalités de cet écosystème, faire se rencontrer les acteurs des politiques publiques, voilà ce qui anime l’Observatoire des think tanks à l’heure d’organiser ces trophées 2014 auxquels, l’IRIS, la Fondation Schuman, la Fabrique de l’industrie et bien entendu la saf agr’iDées ont participé. Olivier Urrutia a tenu à mettre en avant les nombreux partenaires associés à ces trophées comme autant d’éléments d’information soulignant l’importance grandissante de l’événement : l’AmCham, Public Sénat, la Fondation KPMG, la Mutualité Française, le CELSA, GEO PLC parmi tant d’autres. Olivier Urrutia et Dominique Reynié sont notamment tombés d’accord pour signaler le rôle fort que les entreprises françaises pourraient jouer dans le développement des capacités des think tanks et sur les bénéfices que la société pourrait en tirer par le biais de soutiens financiers principalement.

Puis, Olivier Urrutia a rappelé à l’assistance que la traduction de l’expression « think tank » ne correspond que partiellement aux deux réalités qu’elle revêt : réservoir ou laboratoire d’idées bien sûr mais également char d’assaut, réservoir. Dans le contexte de guerre des idées, de marketing des idées, de soft power et de soft law, les think tanks ont été pensés aux Etats-Unis dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale comme acteurs d’influence adaptés et outillés pour cette nouvelle dynamique. En ce sens, Olivier Urrutia a cité la Rand Corporation comme premier centre de recherche en planification militaire à partir duquel l’objet et l’expression ont fusionné. Les think tanks et plus encore les proto think tanks existaient bien avant cette période. Mais c’est en référence au concept de « War Room » imaginé durant la guerre de 39-45 que l’expression et l’objet finissent par coïncider. Selon Olivier Urrutia, la traduction en français pointe d’une part l’ignorance, la méfiance voire la défiance, à l’égard des notions d’influence, de lobbying, de guerre des idées et, d’autre part, un manque d’exigence de la culture du résultat, ici, liée à ces structures.

Les propos tenus par le grand témoin, Monsieur le député Bruno Le Maire, ont coïncidé pleinement avec la position d’Olivier Urrutia, déplorant l’indigence en moyens dans laquelle se trouvaient l’immense majorité des think tanks français, en dépit d’une utilité plus qu’évidente pour le personnel politique à l’heure d’un monde globalisé de plus en plus complexe et technique. L’endogamie des élites administratives françaises, des partis politiques en manque d’idées nouvelles, l’urgence des dossiers à traiter contrariant l’indispensable prise de distance utile à l’analyse des faits, ont été les écueils que Bruno Le Maire a mis en avant. Il a appelé de ses vœux l’émergence de think tanks libéraux proches de sa famille politique capables de se fédérer à l’occasion.

En mode de conclusion, Olivier Urrutia a tenu à rappeler à l’assemblée et notamment à l’endroit de la saf agr’iDées que le TTIP autour duquel discutent l’U.E. et les Etats-Unis constitue le terrain idéal à ce que les think tanks français préoccupés des questions agricoles agissent de concert défendant les intérêts nationaux tant ce traité aura des conséquences capitales sur les conditions agricoles futures. A l’adresse du Délégué Général de la saf agr’iDées, il a souligné l’importance grandissante des collaborations entre think tanks sur des sujets transversaux, citant la saf agr’iDées, Momagri, la Fondation Farm comme experts des questions agricoles et la Fondapol, l’Iris, l’Ifrap ou l’Ipemed comme think tanks généralistes ayant traité de ces questions également. Cette activité autour de l’agriculture serait un argument en faveur de ceux qui considèrent l’agriculture comme un sujet stratégique pour la France. Monsieur Le Maire a largement approuvé ces propos, en concluant que personne ne pouvait aujourd’hui affirmer avec certitude et de façon factuelle que le TTIP aura des impacts positifs sur l’emploi et sur l’économie et que devant ce vide les think tanks avaient un rôle majeur à jouer évident.

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