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Philosophie de l’OFTT concernant l’étude des Think Tanks

Le choix d’une démarche d’apprentissage, entre audace et humilité

Publié le mardi 3 octobre 2006 et mis à jour le 3 août 2009 , par Marc RIEDEL

Les think-tanks sont le plus communément perçus comme des organisations, institutions, ou groupes plus ou moins informels d’individus dont le but est de produire des idées, des recommandations stratégiques, visant à influer sur le cours de la vie sociale et politique. On les assimile donc parfois à un genre de « conseiller collectif du Prince ».

Cette interprétation d’un concept encore flou, et surtout importé tel quel d’outre atlantique peut toutefois entraîner la confusion des idées, car soyons honnêtes, beaucoup d’organisations (qu’elles soient neuves ou parfois beaucoup plus anciennes) entrent dans le cadre ainsi tracé. Si cet espace de liberté et d’incertitude dans la définition est propice à l’imagination et à la recherche, il l’est aussi également pour la malhonnêteté intellectuelle, la manipulation et l’illusion. Henri Laborit, un peu plus radical dans sa formulation, nous annonçait quelque chose de similaire dans les premières pages de sa nouvelle grille [1].

Posons-nous alors les bonnes questions. Qu’est ce que « définir » ? Comment procéder au mieux pour ne pas se prendre les pieds dans nos propres considérations ?

Définir, c’est vouloir donner une limite à ce que l’on observe, une limite qui permet de dégager une forme perceptible, une signification, en fonction de notre vécu et de nos facultés de perception d’individus. Définir, c’est aussi nommer, et ainsi fixer des correspondances entre le monde symbolique des idées, de notre imaginaire, et celui plus sublunaire, des phénomènes. C’est une action qui traduit, d’une certaine manière, une volonté de rendre son environnement plus intelligible, familier (et peut être ainsi plus rassurant ?).

Aussi certains penseront qu’il est urgent de définir des normes et des critères de qualité, des règles d’appartenance faciles à repérer et permettant de faire apparaitre rapidement (et facilement) la distinction entre les « vrais » et les « faux », les « bons » et les « mauvais », les « normaux » et les « pathologiques ». Si l’effet d’une définition rapide consolera les plus inquiets (ou ravira les plus démagogues), force est de constater que ce procédé freinera ceux qui n’ont pas peur du vide et de l’inconnu.

Faut-il pour autant jeter la pierre à ceux qui pensent comme celà ? Ce n’est pas le choix de l’OFTT.

Arrêtons-nous donc un instant, et relisons tranquillement l’apprenti sorcier de Goethe. Cet apprenti un peu pressé de se frotter aux arcanes est-il foncièrement méchant ? Il ne nous semble pas. Et si on à déjà pu le voir animé par Walt Disney, on pourra même dire qu’il nous est plutôt sympathique ! Et tant qu’il n’est pas malveillant, son enthousiasme, son point de vue différent est peut être une occasion supplémentaire de nous remettre en question... Pour paraphraser Saint-Exupéry : loin de nous nuire, il nous enrichit...

Cet enrichissement, notre objet d’étude et notre environnement nous le procurent également, car ils n’ont de cesse que de se métamorphoser pendant que l’on cherche à les interpréter, à leur donner du sens.

Aux vues de l’effervescence et des dynamiques à l’œuvre dans le jeune écosystème des Think Tanks, nous substituerons pour cela (et sans regrets) le verbe apprendre au verbe définir.

L’apprentissage est une démarche qui n’est pas orgueilleuse, mais n’en reste pas moins audacieuse. Celui qui s’y engage prend des risques, évolue le plus souvent en terrain inconnu. Il doit s’adapter au plus vite à son milieu pour pouvoir y « survivre » et ainsi pouvoir garder un œil sur son objet d’étude. Il aura également comme souci de se dégager un peu de temps afin de prendre du recul, de repérer les alentours, de dresser une cartographie du lieu, et, pourquoi pas, de l’aménager à sa convenance ou d’indiquer aux autres le chemin.

Apprendre c’est aussi savoir être humble, « proche du terrain » au sens étymologique du terme. Cela permet à l’observateur d’entretenir une certaine régularité et une certaine qualité d’interaction avec elle. Il peut ainsi mettre à l’épreuve ses connaissances et son présumé savoir. L’humilité nous permet d’adapter notre approche, car elle nous rend capables d’assimiler la critique, l’erreur et le doute. Ceci impose également de savoir réaliser fréquemment nos « mises à jour » en nous confrontant aux autres, aux transformations du terrain. Au lieu de nous positionner immédiatement comme des experts, et en choisissant de nous placer dans une dynamique d’apprentissage, nous espérons ainsi explorer un panel d’approches le plus large possible et le plus stimulant intellectuellement.

Cette vision nous semble d’autant plus pertinente que le territoire à couvrir, l’objet d’étude, se situe au-delà des seules capacités d’une personne (aussi compétente soit-elle), là où par manque de temps ou de moyens, il faut pouvoir envisager une action collective.

Nous sommes donc bien conscients qu’il s’agit là d’un projet qui ne se construit pas en un jour, et surtout qui ne se construit pas seul. Nous espérons donc vous (invités, lecteurs, partenaires...) intéresser à cette démarche en mettant à votre disposition un savoir pertinent et évolutif.

Que cette philosophie vous parle ou non, si vous souhaitez en apprendre un peu plus à nos cotés, le chantier de construction de l’OFTT vous est grand ouvert !

Notes

[1] « Nous verrons combien les mots, les expressions sont dangereux du fait que très vite on oublie 1’objet ou le concept qu’ils sont censés représenter et qu’a travers eux, on se contente d’atteindre l’affectivite insatisfaite et d’exploiter la frustration qui résulte de l’impossibilite grandissante qu’il y a à réaliser des actes gratifiants. La pensée politique nous parait de plus en plus encombrée par un tel langage. Conscience, connaissance, imagination, sont les seules caractéristiques de l’espece humaine. Ce sont celles aussi le plus exceptionnellement employées. Par contre, l’homme entretient de lui une fausse idée qui sous la pelure avantageuse de beaux sentiments et de grandes idées, maintient férocement les dominances. La seule façon d’arracher ces défroques mensongères est d’en démonter les mécanismes et d’en généraliser la connaissance. » LABORIT H. (1991), La nouvelle grille, coll. Points, Seuil, (Paris) p20