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Entretien avec Daniel Cohn-Bendit

Politiser le Parlement européen

Daniel Cohn-Bendit est député européen, co-président du Groupe des Verts/ALE au Parlement européen. Depuis fin 2008, il est également à l’initiative du rassemblement « Europe Ecologie », constitué dans le cadre des élections européennes de 2009.

Emilie Johann : La Présidence française de l’Union européenne s’achève au moment où nous parlons, vous avez été critique sur la façon qu’a eue Monsieur Nicolas Sarkozy de gérer cette présidence, quel est le bilan que vous feriez de cette présidence ?

Daniel Cohn-Bendit : D’un côté, la présidence française a affirmé une présence et une réalité de l’Union européenne, et d’un autre côté, elle a renforcé l’idée d’une Europe des Etats et moins celle d’une Europe communautaire avec des institutions communautaires. Il est donc difficile d’en faire un bilan ou de lui donner une note ; c’est une présidence qui a souligné l’importance que peut avoir l’Union européenne et c’est une présidence qui a renforcé les Etats au détriment de l’Europe communautaire.

EJ : M. Sarkozy a plaidé pour une Europe des nations et a attribué à la présidence du Conseil l’apanage des initiatives politiques, comment voyez-vous l’avenir du triptyque composé par le Parlement, la Commission et le Conseil ?

D.C-B : Justement, c’est une Europe qui a renforcé le Conseil au détriment de la Commission et du Parlement européen. Au détriment de la Commission, car M. Barroso s’est toujours aligné sur les positions du Conseil et surtout sur les positions de la présidence ; le Parlement européen, quant à lui, n’a pas été capable d’être un contrepoids significatif, puisque les deux grands groupes politiques ont appuyé les positions de leurs gouvernements. On a vu dans les négociations sur le paquet énergie/climat et dans celles sur la directive automobile que les grands partis allemands se sont alignés sur les positions du gouvernement allemand et que l’UMP et les autres se sont alignés sur les positions du gouvernement français.

EJ : Vous avez notamment reproché à M. Sarkozy de s’être plié à la position allemande sur le paquet énergie/climat, quel devrait être selon vous le rôle de la présidence du Conseil : impulser une dynamique sur les sujets à l’ordre du jour de sa présidence ou plutôt occuper un rôle de médiateur qui amène les 27 à un accord ?

D.C-B : Je crois que le problème, lorsqu’on est un président d’initiative et un président de coordination, c’est que cela ne fonctionne que s’il y a un vrai contrepoids communautaire représenté par le Parlement européen et la Commission ; or là, c’est le contrepoids qui n’a pas fonctionné, en raison de la faiblesse de la Commission et du président de la Commission, comme je l’ai dit, et du fait que pas mal de grands groupes se soient alignés sur des positions nationales.

EJ : Le Parlement européen a voté le paquet énergie/climat, quel a été son rôle ? Il y a eu des rebondissements sur la date du vote, qui a finalement eu lieu après la décision du Conseil…, quelle a finalement été l’influence du Parlement sur le paquet ?

D.C-B : Le problème ce n’est pas le rôle du Parlement européen, c’est le rôle des forces politiques à l’intérieur du Parlement européen, et à partir du moment où les forces politiques majeures se sont alignées sur les positions gouvernementales, le Parlement a été affaibli.

EJ : On entend des analyses diamétralement opposées au sujet du paquet énergie/climat, finalement, c’est un cadeau aux industries européennes ou un premier pas pour le climat ?

D.C-B : C’est les deux, c’est un premier pas et en même temps on est très en deçà de ce qui était nécessaire.

EJ : A votre avis, valait-il mieux un accord, même a minima, que pas d’accord du tout ?

D.C-B : Personne ne le sait, c’est difficile à juger. C’est un accord qui, dans certains domaines, va dans la bonne direction, et en même temps qui ne correspond pas au défi climatique auquel nous somme confrontés, c’est ça qui est problématique.

EJ : Vous êtes entré en campagne pour les européennes il y a peu, via Europe Ecologie qui a pour credo de rassembler des personnes hors des sérails politiques traditionnels, justement, où se créent selon vous les idées européennes, qui sont aujourd’hui les personnes qui font de véritables propositions politiques pour l’Europe.

D.C-B : Les idées, aujourd’hui, on les a dans différents groupes ; il y a des groupes d’initiatives, des think tanks et il y a des forces politiques qui essaient de lancer des idées. Le problème, aujourd’hui, c’est que la plupart des forces politiques n’ont pas compris qu’il fallait investir complètement le Parlement européen et politiser le Parlement européen pour qu’il soit justement à l’initiative de nouvelles idées, d’une relance écologique de l’Europe… C’est ça qui est important. L’important ce n’est pas seulement les idées, mais les leviers pour faire passer ces idées.

EJ : Votre nom reste associé à l’idée de contestation, de contre-pouvoir, où sont selon vous les leviers et contre-pouvoir en Europe ?

D.C-B : Je crois que le levier le plus important c’est le Parlement européen. C’est le Parlement européen qui doit disposer, je ne dirais pas d’un contre-pouvoir, mais d’un pouvoir d’initiative, pour défier la Commission et le Conseil.

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