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Entretien avec Marielle de Sarnez

Renouer avec l’esprit européen

Sélim Allili : Globalement, comment jugez-vous la présidence française de l’Union européenne ?

Marielle de Sarnez : La présidence française a été à la hauteur des principaux évènements qui sont intervenus pendant cette période. Nicolas Sarkozy a fait ce qu’il sait faire le mieux, c’est-à-dire de la politique. Mais de nombreuses questions restent posées. À l’évidence, il faut se doter de règles nouvelles pour éviter qu’une crise monétaire ne se reproduise. L’Europe doit montrer l’exemple sur cette question en désignant un régulateur européen. À l’évidence, la seule réponse possible pour répondre à la crise économique était européenne. Il manque un plan de relance européen qui soit à la hauteur des enjeux. On le voit bien. Il y a eu beaucoup de discours. Suivis, pour le moment, de peu d’actes.

SA : Ces crises n’ont elles pas d’une certaine manière servi Nicolas Sarkozy en lui permettant d’évacuer les problèmes de fond auxquels est confrontée l’Union européenne et pallier, d’après plusieurs dicsours, le manque de préparation de l’administration française pour cette présidence ?

MdS : L’administration française était, je le crois, bien préparée. Notamment grâce à la présence active de Jean-Pierre Jouyet. Quant aux problèmes de fond de l’Union, ils étaient présents avant la présidence française de l’Union européenne, et ils le sont encore aujourd’hui. L’Europe doit promouvoir, porter et défendre un modèle de société original, et durable, fondé sur des valeurs. Elle doit penser le développement du monde. Et se préparer à devenir un intervenant majeur sur la scène mondiale.

SA : Cette présidence française de l’Union européenne n’a-t-elle pas mis en lumière les limites de l’action de la Commission européenne ? Ne marque-t-elle pas cette nécessité du retour du politique qu’a semble-t-il si bien incarné Nicolas Sarkozy ?

MdS : Tout le monde doit faire de la politique. Les gouvernants, le Parlement européen et la Commission. Et quand Nicolas Sarkozy souhaite que celle-ci renonce d’une certaine façon à son droit d’initiative pour le déléguer aux Etats, je suis en total désaccord avec lui. L’Europe a besoin d’une institution qui soit capable de faire des propositions au nom de l’intérêt général européen. Si pendant la crise nous avions eu un Jacques Delors à la tête de la Commission, les choses auraient été différentes. Il y aurait eu sur la table de vraies propositions innovantes et ambitieuses. Cela n’a pas été le cas avec la Commission actuelle.

SA : Estimez-vous qu’à l’échelle européenne on dispose de personnalités fortes représentant cet intérêt général européen ?

MdS : Ces dernières années, les intérêts particuliers ont trop souvent pris le pas sur l’intérêt général. Il faut renouer avec l’esprit européen. L’avenir l’exige : aucune des grandes questions qui sont devant nous, la croissance économique, notre modèle social, le durable, l’énergie, les migrations, etc., ne trouvera de réponses en dehors de l’Europe.

SA : Comment expliquez-vous que les élections européennes de juin 2009 intéressent si peu de monde ?

MdS : C’est vrai que si l’on regarde le passé, on peut constater qu’elles n’intéressaient que peu de monde, mais j’espère justement que la crise internationale aura modifié les choses, car seule l’Europe peut apporter des solutions. Et par ailleurs, nous avons nous aussi, les hommes et femmes politiques, une part de responsabilité dans ce désintérêt. Il faut que la manière dont nous parlons de l’Europe permette aux citoyens de s’y retrouver. Or, certains présentent l’Europe comme le bouc émissaire et la cause de tous nos maux, tandis que d’autres évoquent l’Europe de manière beaucoup trop intellectuelle et abstraite. Il faut qu’on arrête, en France, de considérer les affaires européennes comme relevant de la politique étrangère.

SA : Durant la PFUE, avez-vous relevé des rapports, notes ou commentaires intéressants émanant de think tanks européens ? Si oui, pourriez-vous me citer quelques noms de think tanks traitant de questions européennes ?

MdS : Je regarde beaucoup les publications de think tanks, surtout via Internet. Pour n’en citer qu’un, Notre Europe.

SA : Comment s’organise la production des idées et des programmes au sein du Modem ?

MdS : Je vous invite à visiter notre site Internet www.mouvementdemocrate.fr sur lequel vous trouverez toutes les informations sur la manière dont nous sommes organisés.
Nous avons lancé depuis quatre mois une large réflexion autour de l’émergence de nouvelles idées. J’ai mis en place 16 groupes de projets Europe, qui rassemblent près de 3 500 personnes, qui travaillent sur les grandes thématiques européennes. De plus, chaque groupe de travail tient des réunions dans toute la France qui sont ouvertes au public et à des experts qui ne sont pas affiliés au Modem. Nous allons mettre en place d’ici quelques jours un blog collaboratif. Nous sommes à l’écoute de la société civile, afin de bien comprendre les attentes des Français pour les réconcilier avec l’idée européenne.

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