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Comment accroître la performance des entreprises en temps de crise ? Le point de vue de quatre think tanks français

7 juin 2012 par Pierre-Louis GERMAIN, Marie-Cécile NAVES

Quoique l’entreprise ne fût pas au cœur des débats de l’élection présidentielle de mai dernier, elle sera sans doute au centre des réformes à venir : égalité hommes-femmes, recul des discriminations, respect de l’environnement, justice fiscale, santé, bien-être... Si les entreprises ne jouent pas le jeu, ces ambitions, portées par la campagne, seront vaines.

Le think tank Terra Nova vient de publier une note sur l’amélioration des conditions de travail dans le secteur privé, intitulée : « Une vision progressiste de l’entreprise ». Elle veut rappeler que l’entreprise est un lieu de vie et d’épanouissement des salariés, où se tissent des liens sociaux, et « un acteur à part entière des sociétés et territoires » où elle est située.

La note formule 18 propositions, parmi lesquelles figure, notamment, le fait de donner aux salariés la possibilité de participer à la transformation de leurs situations professionnelles quotidiennes et à la définition de la qualité de leur travail. L’accompagnement individuel et collectif par des dispositifs de formation et de reconnaissance est également suggéré.

Terra Nova propose aussi de fractionner le congé parental jusqu’aux 6 ans de l’enfant à part égale pour les deux parents, et de favoriser, sous certaines conditions, le télétravail. Plusieurs propositions insistent, par ailleurs, sur la nécessité de responsabiliser les entreprises, en particulier en généralisant la notation sociale pour l’ensemble des organisations de plus de 500 salariés, en incluant dans les audits internes des éléments de la politique de Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE), ou encore en fondant en partie la fiscalité des entreprises sur des objectifs environnementaux définis par la loi.

Ces réflexions ne sont pas isolées. En 2011, en effet, une note d’analyse du Centre d’Analyse Stratégique démontrait que l’amélioration de la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale à la fois renforçait l’égalité hommes-femmes et influait positivement sur la performance des entreprises.

Dans son rapport « Objectif croissance », paru en mars, l’Institut Montaigne évoque de son côté la question de la diversité, par la promotion d’une charte visant à lutter contre les discriminations à l’embauche, et par la mise en place d’outils de mesures statistiques et d’évaluation des ressources humaines. Cela fait suite à la Charte de la diversité, créée en 2004, dont il est à l’origine.

Toutefois, une autre responsabilité repose sur les entreprises : relancer la croissance.

L’écart de compétitivité à l’export entre les industries françaises et allemandes, et le recul du chômage outre-Rhin ont conduit plusieurs think tanks à vouloir s’inspirer du modèle allemand. Celui-ci est au cœur du rapport « Pour un choc de compétitivité en France », publié en janvier par l’Institut de l’Entreprise.

Au menu, des réformes fiscales qui fassent porter les dépenses de l’État moins sur les charges sociales et davantage sur l’impôt, et d’autres qui favorisent l’épargne longue, pour pallier le manque de capitaux dont souffrent les PME françaises.

Pour l’Institut Montaigne et l’Institut de l’Entreprise, il faut aussi réformer le marché du travail, en favorisant l’apprentissage, par exemple, mais aussi (et surtout) en assouplissant le CDI, jugé trop rigide, notamment lorsqu’il s’agit de licencier. La Commission européenne fait du reste la même proposition dans un rapport publié le 30 mai.

Pour certains think tanks, l’État ne peut pas tout et il faudrait s’efforcer de réformer le dialogue social, c’est-à-dire la relation entre syndicats, patronat et pouvoirs publics.

L’institut Montaigne propose ainsi de créer des incitations financières à se syndiquer, de réformer le financement des syndicats et de redéfinir le fonctionnement des instances de représentation auprès de la direction des entreprises. En contrepartie de ces propositions favorables aux syndicats, il propose de réduire à deux le nombre de mandats syndicaux successifs et de les limiter à 50% du temps de travail. L’enjeu semble être de mettre fin à un syndicalisme de carrière à temps plein et d’empêcher que ne se crée dans l’entreprise un système parallèle. Le think tank suggère aussi de permettre qu’un accord collectif puisse, dans certains cas, déroger à la loi.

L’Institut de l’Entreprise, constatant que « la prééminence du droit réglementaire dans le droit social favorise la rigidité du droit de travail (…) et la dualité du marché du travail », mais aussi l’inefficacité économique, formule des propositions qui vont dans le même sens.

Selon lui, plus le dialogue entre entreprises et syndicats sera fécond, plus les conventions collectives seront justes et efficaces. Moins l’État aura besoin d’intervenir, moins le droit du travail sera complexe et incertain pour l’entreprise qui, au final, hésitera moins à embaucher en CDI. Le think tank propose de garantir aux acteurs sociaux, par la Constitution, une véritable autonomie, de sorte que le gouvernement soit juridiquement lié par les conventions qu’ils auront signées.

Article publié initialement le 5/06/12 sur le site d’Économie Matin, dont l’OFTT est partenaire rédactionnel.

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