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Qui conseille les politiques ?

17 avril 2008

Les sources d’inspiration des politiques : ce sujet reste souvent en dessous du radar, et pour cause puisque ces conseils n’ont pas forcément vocation à être connus du grand public. Comme l’écrivait Laurent Joffrin, directeur de la publication et de la rédaction de Libération, pendant la campagne présidentielle, “la France est l’un des rares pays où l’on attend du Président une sorte d’omniscience technocratique alliée à un charisme oratoire total”. Dans le fantasme français hérité de la monarchie, du catholicisme confirmé par un jacobinisme révolutionnaire, le ministre est censé tout savoir. Autant dire que dans ce cadre un peu exigeant, confesser que l’on fait des emprunts ici ou là serait avouer une faiblesse coupable… Mais la France n’est pas le monde. D’autres grands pays ont une tradition politique bien différente. Aux Etats-Unis, les think tanks produisent au grand jour et à jet continu des propositions de politiques publiques. Bien souvent, dans le monde anglo-saxon, ce sont d’ailleurs leurs idées que l’on retrouve au coeur des programmes politiques. De Tony Blair à Ronald Reagan en passant par Bill Clinton et Margaret Thatcher, tous ont entretenu au-delà de leurs propres groupes d’experts des relations suivies avec les think tanks en vue d’élaborer l’essentiel de leur doctrine. Alors, qui conseille les politiques, selon quelles modalités et avec quel succès ? Quelles sont les références, les influences de nos grands fauves ? Comment fonctionne un ministre en termes d’inspiration ?

Le 21 avril 2002 et le référendum européen sont des éléments de rupture forts qui ont appelé une refondation du rapport à l’opinion. Ce message a d’ailleurs été parfaitement compris et intégré par les deux principaux candidats à l’élection présidentielle. Ainsi, l’articulation, la communication entre ceux qui analysent l’opinion et ceux qui sont dans l’action, ont été profondément renouvelées à travers un logiciel différent. C’est un carré magique qui se forme aujourd’hui autour du politique : le spécialiste des sondages, le communicant, la plume et l’expert. Le principe étant qu’une action doit sembler opportune à tous simultanément pour que le ministre l’engage. Le bon équilibre se joue dans la parfaite complémentarité des conseillers, et c’est dans ce dosage que se niche la difficulté. En outre, la dernière élection présidentielle a montré une réelle (r)évolution de la “parole politique” avec le passage d’une forme de transcendance : du rôle de président comme père de la nation, garant et protecteur, à une parole qui s’appuie sur les doléances d’un peuple. Que l’on appelle cela la démocratie participative ou autre chose. Moralement, cela peut paraître sympathique de dire : “maintenant, on écoute les gens, on parle leur langage, on parle de ce qu’ils souhaitent”. Par exemple, la thématique de la vie chère est évidemment plus facile à appréhender en termes de sémantique que celle de l’indice de l’inflation. Mais en réalité, face à la vieille dialectique de la politique de l’offre et de la demande, les deux candidats à l’élection présidentielle ont choisi de proposer une démarche de réponse aux demandes. Ils ont tous les deux procédé à une identification très fine des doléances, et ensuite mis au point un discours qui reprenne un maximum d’entre elles. Ils ont ainsi envoyé des messages spécifiques en direction d’une liste assumée de clientèles. Pour autant, la stratégie de l’offre est loin d’être absurde, et à trop écouter la demande, on risque d’en éprouver les limites. Bien sûr, si les politiques accordaient plus de temps aux think tanks qu’aux sondeurs d’opinion, fussent- ils très doués, ils seraient plus prompts à faire une politique d’offres. En effet, ces laboratoires d’idées sont souvent innovants dans le domaine des politiques publiques ou pour dessiner une représentation du monde. En effet, par rapport aux différentes demandes, les responsables politiques ont plus essayé de montrer qu’ils comprenaient les problèmes, plutôt qu’y apporter leurs solutions. Le travail de diagnostic et la mise en mots des souffrances sont tombés en plein coeur, et puis plus rien. Pourquoi ? Parce que les solutions, dans la logique de la demande, sont clivantes, aliènent donc une partie de l’opinion. En outre, les solutions sont souvent techniques, difficiles à vulgariser. Mais pour autant, peut-on considérer la démarche utilisée au cours de la campagne comme efficace à terme et y a-t-il une cohérence de l’ensemble ? Peut-on imaginer avoir un jour, en France, une politique de l’offre d’idées ?

Certes, les think-tanks n’ont pas encore en France le poids qu’ils ont dans d’autres pays. A l’étranger, des dirigeants comme Blair, Thatcher, Reagan, Clinton sont tous venus avec une offre, et qui ne correspondait pas forcément à ce que l’opinion émettait en termes de demande. La recherche du délicat équilibre entre offre et demande, entre proposition prospective et satisfaction des besoins sera-t-elle le prochain chantier des think tanks français ? Question décisive car c’est peut-être dans cet équilibre que ces derniers enracineront leur légitimité dans l’espace public.

Par Grégory Mailly

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