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Philippe Chazal & Olivier Zegna Rata - Repenser les médias.

1er mars 2007 par Emmanuelle MICHEL

Faire « émerger une pensée nouvelle sur les médias. » L’ambition n’est pas des moindres. Mais elle ne semble effrayer ni Philippe Chazal, ni Olivier Zegna Rata, les fondateurs du tout jeune club Galilée. Il faut dire que les deux hommes sont loin d’être des nouveaux venus dans le milieu.

D’un côté, Philippe Chazal, 54 ans. En matière de télévision, c’est simple, il est passé partout. TF1 d’abord, dans les années 1980, comme responsable des programmations internationales. La Sept ensuite, jusqu’en 1994. Il sera ensuite conseiller de Jérôme Clément, le président d’Arte France, jusqu’en 1997, avant de devenir, pendant sept ans, directeur général de la chaîne Histoire. Un poste qu’il occupe ensuite à France 4 (ex-Festival). Depuis mai 2006, il est le directeur des projets d’Arte France.

De l’autre, Olivier Zegna Rata, 38 ans, normalien aspiré par l’audiovisuel dès sa sortie de “l’Ecole”. Jean-Pierre Elkabbach, alors président de France Télévisions, l’embauche comme conseiller. « Il m’a tout appris. » Autre mentor : Hervé Bourges, dont il fut le directeur de cabinet à l’époque où celui-ci dirigeait le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel. Depuis trois ans, il est directeur des relations extérieures du groupe Canal +.

Des parcours au cœur de l’audiovisuel et des médias, donc, qui ont mis les deux hommes aux premières loges pour observer les bouleversements du secteur. Olivier Zegna-Rata en est persuadé, « les secteurs de l’audiovisuel et du cinéma sont dans une mutation suffisamment profonde pour affecter tous les métiers ». Il y a deux ans, ils ont, chacun de leur côté, la même intuition : il faut créer un lieu où les professionnels des médias puissent réfléchir et échanger. Les deux hommes se connaissaient déjà, ils parlent de leur idée, décident de la mettre en application. “Nous sommes allés en parler à Sophie Boissard, la directrice du Centre d’Analyse Stratégique, raconte Olivier Zegna-Rata, elle a tout de suite réagi positivement”. Et le club Galilée est né, il y a un an. C’est d’ailleurs dans un des salons du Centre, dans le 7ème arrondissement de Paris, que se tiennent les réunions mensuelles du club. Pour Olivier Zegna-Rata, il s’agit “d’interroger sur les grands enjeux du secteur audiovisuel et de la presse écrite, sur les marchés de distribution des produits culturels en ligne, sur le développement de nouveaux marchés numériques”.

Autour de la table, des patrons de chaînes, de groupes de télévisions, des producteurs. “La plupart du temps, ce sont des responsables opérationnels, des gens qui s’occupent directement des programmes, plus que des responsables politiques”, explique Olivier Zegna-Rata. Pour lui, il s’agit d’une condition indispensable pour déboucher sur du concret. Parmi la centaine de membres que compte désormais le club Galilée, on trouve également des journalistes, de télévision bien sûr, mais aussi de presse écrite et de radio. Beaucoup de trentenaires et de quadragénaires. Un choix délibéré de la part des fondateurs du club. “Ils ne sont pas vraiment en situation de pouvoir s’exprimer, c’est pour cela que nous avons voulu les mettre sur le devant de la scène”, justifie Philippe Chazal. “Nous voulons qu’ils jouent un rôle moteur dans la réflexion”, renchérit Olivier Zegna-Rata.

“Renouveler la réflexion par la libre parole”

Les thèmes de discussion sont vastes, ils se veulent avant tout “transversaux”. Le premier semestre 2006 a été consacré aux évolutions technologiques, de la mort de l’analogique à la vidéo à la demande. La deuxième partie de l’année a été consacrée à la responsabilité des médias, en matière de culture et d’identité mais aussi de pluralisme. Avec toujours la volonté de faire intervenir les acteurs qui touchent au plus près du sujet, “de gens au cœur des médias, qui voient la réaction du public”, comme Thierry Guerrier, ancien de TF1 et de France Info ou Patrick Pépin, qui, en tant que médiateur de Radio France, lit tout le courrier des auditeurs. Au programme des séances à venir : la mondialisation et le traitement de la violence par les médias. La démarche du club Galilée s’inscrit dans la durée : les thèmes des séances sont déjà programmés pour les deux ans et demi à venir.

Pour les deux associés, le club ne doit pas être un lieu de débat abstrait mais doit déboucher sur des idées et des propositions concrètes. “A la veille d’échéances politiques importantes, il y a un besoin de reconstruire l’analyse en accord avec les professionnels du secteur, pour pouvoir la porter ensuite à la connaissance des décideurs et des politiques”,
souligne Philippe Chazal. La prochaine initiative du club est en phase avec cette philosophie. Il s’agira de soumettre un questionnaire d’une dizaine de questions sur les médias aux candidats à la présidentielle du printemps prochain. Une entreprise qui pourrait se faire en partenariat avec un grand titre de presse.

Une volonté de peser sur le débat public donc, sans toutefois communiquer sur le club Galilée lui-même. Olivier Zegna Rata et Philippe Chazal veillent à la confidentialité du contenu des discussions. Une manière de ne pas faire peser de pression sur les intervenants. Philippe Chazal insiste : “les réunions ne sont pas publiques, cela changerait la nature de la réflexion. Si on veut renouveler la pensée, il faut qu’il y ait une libre parole.” Tous les mois, ils réunissent des patrons de chaînes, des producteurs, des journalistes, au sein du club Galilée. Avec pour objectif de réfléchir en profondeur sur l’audiovisuel et sur la presse. Portrait d’un duo de passionnés.

Emmanuelle Michel

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