Observatoire européen des think tanks Think tanks and civil society : because ideas matter

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Think n°5

3 novembre 2007

Le temps “politique” et le temps médiatique ont ceci de commun, souvent, qu’ils savent fort bien s’accommoder du dithyrambe et du réquisitoire, du superlatif et de l’approximatif, de l’éphémère et de l’oubli. Le temps, justement, semble sans prise sur l’art d’inventer et d’exalter des grandeurs immédiates sans lendemain. L’irresponsabilité du propos sans épaisseur tient lieu de règle de l’art de la pratique et du commentaire politiques. Le geste d’information se veut moment constituant. Il s’épuise pourtant dans le présent d’une pensée absente. Un seul mot d’ordre, occuper coûte que coûte l’espace du quotidien.

Demeure, malgré tout, la promesse d’un temps intellectuel qui, ne se satisfaisant pas du mouvement de dépolitisation induit par les postures désenchantées et les discours s’attachant à gommer la conflictualité du monde social, saurait répondre à la politique et de la politique depuis son propre horizon. Non plus se laisser imposer son agenda par l’écume de l’actualité et les contraintes de la réaction politique, mais réussir à définir cet agenda conformément à un rythme qui saurait tout à la fois accompagner, précéder et dépasser les “demandes sociales” et les transformations de la société.

En contribuant à créer à leurs côtés des organes de réflexion n’épousant pas le même rythme politique et répondant à des contraintes et des fonctions sociales différentes, les partis politiques français ont-ils souhaité prendre acte des dérives guettant une action politique sans boussole ? Ces think tanks un peu particuliers que représentent, en France, les fondations politiques, entendent-ils répondre au défi qu’impose à la démocratie un “temps politico-médiatique aujourd’hui hors de ses gonds” ? Créées, pour la plupart d’entre elles, à partir des années 1990, ces fondations entendent incarner à la fois la mémoire des grandes figures du courant de pensée auquel elles se rattachent (Jean Jaurès, Robert Schuman, Gabriel Péri, etc.) et la modernité d’une pensée qui se doit d’inventer les réponses appropriées aux réalités de son époque.

Outre une fonction intellectuelle évidente, qui voit ces fondations contribuer à la production d’idées, de savoir, d’analyse, ces acteurs exercent également une fonction politique, puisque ces fondations sont aussi espace de confrontation d’idées hors de toute visée programmatique immédiate, qui reste l’apanage des partis politiques eux-mêmes. Enfin, rôle d’influence oblige, ces fondations oeuvrent aussi au décloisonnement de la sphère politique et à son ouverture à des groupes sociaux ou à des individus auxquels l’engagement partisan traditionnel ne convient pas.

Il ne nous incombe cependant pas de magnifier le rôle des différentes enceintes présentées dans ce numéro, elles sont également le produit de contingences, d’opportunités politiques et de rapports de force internes, mais encore une fois de reprendre notre activité d’observation.

Cette activité, l’OFTT la mène aujourd’hui depuis un an. Nous sommes heureux de voir que son besoin se réitère encore et se rencontre toujours. Nous profitons donc de cet espace pour remercier tous nos membres, observateurs fidèles, vigilants et exigeants, qui tous répondent à cet appel de la pensée, et nos lecteurs qui font vivre cet échange.

Bonne lecture,

Emilie Johann, rédactrice en chef
Robert Chaouad, conseiller éditorial

P.-S.

Horizons : Turquie - Portrait : Jean-Yves Autexier - Entretiens : Laurent Wauquiez

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