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Think n°6

14 février 2008

Le 27 mai 1968, au ministère du Travail, rue de Grenelle, après deux jours de négociations, le gouvernement, les représentants syndicaux et le patronat parvenaient à un accord pour tenter de sortir de la crise sociale dans laquelle le pays était plongé depuis plusieurs semaines. Succès pour les différents acteurs participant à la conférence, enchantés par la méthode, les accords dits de Grenelle ne firent pas l’unanimité auprès des sympathisants des organisations syndicales (la “base” comme on dit) et ne permirent pas de mettre fin immédiatement à ce long conflit social. Pourtant, malgré le résultat en demi teinte
et les effets relatifs sur le dénouement de la crise, les accords de Grenelle
allaient passer à la postérité et devenir, par la suite, une méthode souvent revendiquée lorsqu’il s’est agi de réunir les partenaires sociaux et l’Etat afin de répondre à des questions sociales particulières ou, plus récemment, à des problèmes de société de grande ampleur.

Le terme même de Grenelle est ainsi passé dans le langage courant pour s’utiliser comme un nom commun, faisant sens en lui-même et renvoyant à des pratiques de négociation et à des modes de concertation spécifiques. A tel point, d’ailleurs, qu’aujourd’hui, en France, il ne semble guère exister de problèmes qui ne doivent être réglés sans recours à l’organisation d’un Grenelle. Après le “Grenelle de l’environnement”, à l’automne 2007, l’hiver 2008 est au “Grenelle de l’insertion”, piloté par le Haut commissaire aux solidarités actives, Martin Hirsch. Dans le même temps, des voix se font entendre pour réclamer, ici, l’organisation d’un “Grenelle de la Culture”, là, un “Grenelle du pouvoir d’achat”, “de la santé”, “de la banlieue”, etc. A chaque problème son Grenelle en somme !

Le principe du Grenelle serait-il la méthode la plus efficace pour associer davantage les citoyens et la société civile à la définition des politiques publiques ? L’organisation d’une grande conférence réunissant l’ensemble des acteurs publics et privés parties à un problème (Etat, collectivités territoriales, administrations, experts, associations, entreprises, etc.), au cours de laquelle tous les aspects d’une question seraient abordés et soumis à la négociation, serait-ce là le remède pour produire réellement de la décision publique concertée ? Serait-ce là les prémices d’une démocratie participative en devenir, appelée à remédier à la crise du politique et de la représentation dont le régime serait frappé ?

Pour l’heure, ces questions demeurent ouvertes. Toutefois, si ces dispositifs participatifs doivent être considérés comme des expériences sociales et politiques dignes d’intérêt, il importe également d’en relever les limites et de ne pas se laisser abuser par la profusion de discours répétant à l’envie qu’il s’agirait là de nouvelles manières de faire de la politique, et ce sans autres formes d’examen critique. Il convient, ainsi, de prendre garde à ce que Grenelle ne devienne pas le nom d’une simple machine à produire du consensus sans contenu véritable ou, pire encore, le slogan d’une vaste opération de communication.

Emilie Johann, rédactrice en chef
Robert Chaouad, conseiller éditorial

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