Observatoire européen des think tanks Think tanks and civil society : because ideas matter

Partagez !

Think n°8

5 novembre 2008

Cela n’aura échappé à personne, c’est la crise ! Le singulier est d’ailleurs trompeur, car c’est au pluriel que celle-ci devrait se décliner. Crise financière, immobilière, alimentaire, crise économique, énergétique et écologique, crise de confiance, crise de la presse, du pouvoir d’achat, globale ou locale, il n’y en a que pour elle, la crise. A charge pour nos dirigeants, comme certains se sont plu à le rappeler ces derniers temps, de se révéler dans l’adversité et de se construire une stature d’homme d’Etat, celle-ci dût-elle prendre les atours d’une posture et se réduire au temps d’un discours.

A cet égard d’ailleurs, il est intéressant de constater que le temps où l’on se plaisait à filer la métaphore militaire ou maritime pour se portraiturer dans de telles situations de crise est révolu. Ni général ni capitaine, nos hérauts du moment auraient, semble-t-il, davantage le volontarisme batisseur et la main verte que l’âme guerrière ou le pied marin. Face à la crise, le discours se veut entrepreneurial : « colmater en urgence puis reconstruire » – de la famine, si peu, au système financier international. Rénover, refonder, rebâtir : à l’heure de la « société liquide » (Zygmunt Bauman), la rhétorique du solide voudrait faire oublier la pratique de la bulle.

En matière de crise et de reconstruction, les champs politique et intellectuel ne sont pas en reste, notamment à gauche. Engagés dans une dynamique de renouvellement idéologique, programmatique et organisationnel tous azimuts, ces acteurs peinent à répondre de manière convaincante aux transformations globales de la société. A grands renforts de think tanks et d’expertise, on s’interroge : comment penser le monde qui vient ? Comment répondre aux troubles qui le traversent ? Des questions qui, si elles semblent travailler la gauche européenne en général, et le Parti socialiste français en particulier, paraissent également les embarrasser.

D’où l’objet de ce numéro thématique, consacré entièrement aux chantiers intellectuels de la gauche : des chantiers ouverts au gré des entretiens publiés dans ce numéro, mais aussi dans les précédents, et une gauche ramenée, pour l’occasion, à son expression socialiste et social-démocrate, en France mais aussi en Europe et aux Etats-Unis. Sans être de même nature, la crise intellectuelle de la gauche et les crises mondiales que nous connaissons ne sont pourtant pas sans relations. Elles révèlent des systèmes de représentation du monde en échec, l’un qui peine à se renouveler et l’autre qui a prospéré sur les absences ou les errements du premier. Deux crises, en somme, qui peuvent être tenues pour deux variables d’une équation globale dont l’une des entrées pourrait se nommer « guerre des idées ».

Revue d’observations, ainsi que le veut notre mission, mais aussi d’analyses et de partis pris – tranchés parfois, diversifiés, autant que faire se peut – , nous espérons, quoi qu’il en soit, que ce numéro aidera nos lecteurs à avancer dans les allées sinueuses de ce chantier des idées.

Emilie Johann, rédactrice en chef
Robert Chaouad, conseiller éditorial

Suivez-nous !

Copyright Observatoire des think tanks - Powered by SPIP, Feat.B_HRO - Mentions légales