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Elections aux Etats-Unis : quelles significations ?

22 février 2009 par Olivier URRUTIA

Le 4 novembre 2008, Barack Hussein Obama est élu 44e Président des Etats-Unis. Il est jeune, issu de la classe moyenne et surtout, il est le premier afro-américain élu à ce poste. Si cette victoire est une véritable révolution politique et culturelle, ce n’est pas une véritable surprise. Plusieurs éléments politiques, sociaux, économiques, ont concouru à assurer l’élection d’Obama. Au-delà de l’aspect médiatico-historique d’un tel évènement, la question sous-jacente est de savoir ce qu’implique l’élection de Barack Obama au poste de Président et surtout quelle politique sera appliquée ? Il importe d’ailleurs, à cet égard, de revenir également sur le rôle joué par les think tanks dans la victoire du camp Obama.

La victoire d’un homme et d’un camp : intérêts communs

Le double mandat de Bill Clinton avait déçu et frustré bon nombre d’Américains et en particulier de démocrates. Celui de G.W. Bush, qui radicalisait la politique conservatrice républicaine, laissait un pays exsangue sur le plan national et très critiqué au niveau international. Les vingt-cinq dernières années ont vu les conservateurs asseoir leur emprise politique et idéologique, tandis que le camp démocrate se trouvait à la dérive sur le plan des idées. Ce qui s’est traduit par un glissement à droite de toute la politique américaine. Mais la transition Clinton-Bush a été l’occasion pour les progressistes démocrates de se structurer dans une opposition à leur propre camp, trop au centre, et contre les républicains conservateurs ensuite. Sous la houlette de Howard Dean, président du parti démocrate depuis 2004, les progressistes décident de reprendre le parti et de le situer sur « l’aile démocrate du parti démocrate » selon les termes de Dean. S’inspirant dès 2004 de la machinerie de communication idéologique des conservateurs, les progressistes créent de nouveaux think tanks (Center for American Progress, Campaign for American’s Futur, Democracy Alliance, etc.) en plus de ceux qui existaient déjà (Brookings Institution, etc.) et utilisent à outrance l’Internet au travers d’une multitude de forums et de blogs (Think Progress) leur permettant ainsi d’atteindre le plus grand nombre de citoyens américains. Ils se rapprochent ainsi des jeunes et de leur base militante en les impliquant dans le débat politique. Les progressistes voient en Barack Obama, sénateur de l’Illinois très tôt opposé à la guerre en Irak (2 octobre 2002), jeune, talentueux et afro-américain, la possibilité de remporter la bataille des idées au sein d’un parti démocrate jugé trop « vieillissant » et à court d’idées neuves. Dean et les progressistes reprochent aux leaders du parti démocrate de se montrer trop frileux dans leur opposition à la politique conservatrice des républicains tandis qu’Obama se distingue à plusieurs reprises au Sénat en votant à gauche du parti démocrate. En fait, les élections ont été le terrain de deux batailles menées par Obama et les progressistes : la première contre les démocrates centristes et la seconde contre les républicains conservateurs de John Mc Cain.

Tandis qu’Hillary Clinton cristallise sur sa candidature l’idée de la continuité (épouse de l’ancien Président Bill Clinton et favorable à la guerre d’Irak), Obama incarne le changement. Les progressistes dirigent l’appareil de communication avec efficacité : des grands titres de la presse écrite (Financial times, New York times, Washington Post), les think tanks démocrates, l’Internet, relaient et appuient le message de changement d’Obama. L’utilisation des think tanks, forums et blogs sur Internet permet de lever la plus grande collecte de fonds privés pour une campagne électorale : 605 millions de dollars, assurant ainsi la suprématie des progressistes dans le domaine de la communication (chaînes de télévision, radios, journaux, meetings, etc.). Les think tanks démocrates et leurs satellites (blogs) mobilisent l’électorat autour du concept de démocratie participative, thème récurrent dans la campagne d’Obama.

Les progressistes ont allié une stratégie efficace à la personnalité de Barack Obama en incarnant la proximité, le dynamisme, le changement dans un contexte de crise économique mondiale, de guerres (Irak, Afghanistan, conflit israelo-palestinien), de chômage, de vieillissement des infrastructures, de crise énergétique et de problèmes écologiques. Leur victoire doit tout autant à leur stratégie qu’à l’échec des centristes démocrates dans le rôle de l’opposition à G.W. Bush et à celui des républicains conservateurs fustigés pour avoir largement contribué à créer ce contexte de crise en raison d’une politique radicale et favorable à l’élite. Les think tanks conservateurs ont fini soit par critiquer la politique de G.W Bush (American Enterprise Institute), soit par être désertés (PNAC), laissant le champ des idées à des think tanks progressistes dynamiques et productifs. Ce mariage d’intérêts entre Obama et les progressistes a su fédérer les espoirs et les attentes d’une large partie de la population, les femmes, les jeunes, les pauvres, les précaires, les afro-américains, etc. constituant un électorat imposant.

Quelle Politique ?

En dépit de cette convergence d’intérêts entre Obama et ses alliés progressistes, les divergences idéologiques et politiques entre eux apparaissent nombreuses et posent la question de la politique qui sera menée par le nouveau président. En effet, si Obama s’est opposé à la guerre d’Irak, il se montre en revanche favorable à une intensification des opérations militaires dans la zone Afghano-pakistannaise. Il apporte un soutien fort à Israël et souhaite un contrôle accru du programme de développement nucléaire de la Corée du Nord et de l’Iran. Sur le plan national, Obama est partisan de la peine de mort et du 2e amendement de la Constitution assurant aux citoyens le droit de posséder une arme à feu. Il se positionne moralement, et à titre personnel, contre l’avortement et contre le mariage civil homosexuel. Si Obama souhaite régulariser les clandestins déjà installés aux Etats-Unis, il veut aussi renforcer les contrôles d’immigration à la frontière mexicaine.

Obama, comme lors de son mandat de président universitaire de la Harvard Law Review, se veut le Président du compromis, de l’union et de l’ouverture, dépassant ainsi les clivages politiques. Cette position se traduit déjà par la composition de sa future administration, qui verra la nomination d’anciens de Bill Clinton et le maintien de quelques républicains en poste sous la présidence Bush : Joseph Biden, vice-président et allié des Clinton ; Rahm Emanuel, chef de cabinet de la Maison Blanche, qui occupait ce poste avec Clinton ; Hillary Clinton, qui se verra confier le Secrétariat d’Etat ; Sarah Sewall, Michèle Fournoy et Wendy shelman, à la Défense, occupaient ces postes avec Bill Clinton ; Robert Gates, actuel Secrétaire à la Défense nommé par G.W. Bush, restera en poste.

Barack Obama s’est déclaré être un partisan de la Realpolitik, c’est-à-dire d’une politique pragmatique se situant au centre et empruntant au camp démocrate comme au camp républicain. Il a d’ailleurs apporté son soutien au plan de sauvetage Johnson du système financier américain comme Bush et Mc Cain. Le Président Obama peut compter sur une majorité absolue démocrate au Sénat et sur une majorité de 60% à la Chambre des Représentants, présidée par la démocrate Nancy Pelosi, ainsi que sur le parti démocrate majoritairement progressiste et sur un soutien populaire historique. Le célèbre think tank démocrate Brookings Institution propose déjà à Obama des idées et des priorités dans les réformes à mener pour faire face à la crise actuelle, en l’enjoignant de rénover, d’innover, de s’entourer de cadres compétents et d’avoir une vision large et globale. Le think tank met en exergue la révolution conservatrice opérée par Ronald Reagan, fort, lui aussi, d’un soutien populaire massif, et fait le parallèle avec l’élection d’Obama. Le think tank America’s Future évoque la nécessité d’un « new New Deal » et propose aux militants de participer à l’élaboration du programme politique du Président Obama (blog « Change Gov – The Office of the President Elect »).

Obama a été élu autant pour sa personnalité, pour la stratégie et l’appui des progressistes, que par l’échec politique des centristes et des républicains. Le contexte de crise a créé les conditions favorables au changement et à l’apparition de la figure politique d’Obama comme « sauveur » de la nation. Mais les attentes et la pression sur sa présidence sont d’autant plus importantes. Les centristes et les conservateurs militent pour une stabilité politique et la préservation de repères en cette période de crise, tandis que les progressistes et une part de la population, et du monde, lui demandent d’apporter une réponse systémique à une crise systémique, donc de changer le modèle en place. « Obama a ses objectifs à lui et pour ceux qu’il gouverne. Nous, nous avons les nôtres, et depuis le 4 novembre 2008, ce ne sont plus les mêmes » écrit Dan La Botz [1]. Le journaliste Matt Bai [2] ajoute que si « Obama ne peut changer la trajectoire du mouvement progressiste, alors le mouvement le changera très certainement ». Son élection a signifié deux révolutions : la première, culturelle, est liée à sa personne, et la seconde, politique, voit le retour du camp progressiste sur le devant de la scène. Quel que soit son bilan politique, Obama aura été un symbole fort. Et en politique, la symbolique est importante. Les think tanks progressistes se montrent favorables au programme général d’Obama mais proposent déjà des idées pour pousser plus loin le champ de la réforme du système.

Notes

[1Professeur d’université et militant socialiste de l’organisation solidarity.

[2Journaliste et auteur de The Argument. Inside the Battle to Remake Democratic Politics.

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