Le terme même de Grenelle est ainsi passé dans le langage courant pour s’utiliser comme un nom commun, faisant sens en lui-même et renvoyant à des pratiques de négociation et à des modes de concertation spécifiques. A tel point, d’ailleurs, qu’aujourd’hui, en France, il ne semble guère exister de problèmes qui ne doivent être réglés sans recours à l’organisation d’un Grenelle. Après le “Grenelle de l’environnement”, à l’automne 2007, l’hiver 2008 est au “Grenelle de l’insertion”, piloté par le Haut commissaire aux solidarités actives, Martin Hirsch. Dans le même temps, des voix se font entendre pour réclamer, ici, l’organisation d’un “Grenelle de la Culture”, là, un “Grenelle du pouvoir d’achat”, “de la santé”, “de la banlieue”, etc. A chaque problème son Grenelle en somme !
Le principe du Grenelle serait-il la méthode la plus efficace pour associer davantage les citoyens et la société civile à la définition des politiques publiques ? L’organisation d’une grande conférence réunissant l’ensemble des acteurs publics et privés parties à un problème (Etat, collectivités territoriales, administrations, experts, associations, entreprises, etc.), au cours de laquelle tous les aspects d’une question seraient abordés et soumis à la négociation, serait-ce là le remède pour produire réellement de la décision publique concertée ? Serait-ce là les prémices d’une démocratie participative en devenir, appelée à remédier à la crise du politique et de la représentation dont le régime serait frappé ?
Pour l’heure, ces questions demeurent ouvertes. Toutefois, si ces dispositifs participatifs doivent être considérés comme des expériences sociales et politiques dignes d’intérêt, il importe également d’en relever les limites et de ne pas se laisser abuser par la profusion de discours répétant à l’envie qu’il s’agirait là de nouvelles manières de faire de la politique, et ce sans autres formes d’examen critique. Il convient, ainsi, de prendre garde à ce que Grenelle ne devienne pas le nom d’une simple machine à produire du consensus sans contenu véritable ou, pire encore, le slogan d’une vaste opération de communication.
Emilie Johann, rédactrice en chef
Robert Chaouad, conseiller éditorial
