Qui sommes nous ? | Nous contacter | | Suivre la vie du site
Accueil du site > Tribune libre > Une politique extérieure américaine trop frileuse, selon les néoconservateurs

Une politique extérieure américaine trop frileuse, selon les néoconservateurs

Publié le mardi 8 septembre 2009 , par Marie-Cécile NAVES

Si, jusqu’au printemps 2009, les néoconservateurs américains avaient accordé au nouveau président américain le bénéfice du doute, la donne a sensiblement changé. Ils affichent en effet désormais leur déception sur certaines questions intérieures – au premier rang desquelles, sans surprise, la réforme du système de santé – comme extérieures qui sont sur l’agenda de l’exécutif. La perspective de l’abandon du troisième site de défense anti-missiles en Europe de l’Est et la politique de la « main tendue » à l’égard de l’Iran et des pays arabo- musulmans, entre autres, les inquiètent.

C’est dans le champ politique, mais aussi et surtout dans la presse, les revues et sur les sites internet de leurs think tanks que les néoconservateurs, majoritairement républicains, expriment leurs points de vue sur l’Amérique d’Obama. Les arguments avancés sont les mêmes que ceux qu’ils défendaient à l’époque, pas si lointaine, où ils avaient bonne presse auprès – voire au sein - du pouvoir exécutif, sous l’ère du président Bush fils. Selon eux, il faut tout mettre en œuvre pour propager les valeurs démocratiques et libérales et anticiper les tensions dans le maximum de régions possibles de la planète, afin de préserver à tout prix le leadership et la sécurité des Etats-Unis. Or cette idéologie a conduit, dans les années 2000, aux excès et aux aveuglements que l’on connaît, en Irak et ailleurs.

En juin dernier, Paul Wolfowitz, ancien numéro deux du Pentagone sous George W. Bush et désormais président du US-Taiwan Business Council, signait ainsi plusieurs tribunes dans le Wall Street Journal, où il évoquait ce qu’il appelle l’« agenda de la liberté » du nouveau président. Nostalgique des options wilsonienne et unilatéraliste, il invitait B. Obama à encourager l’expression et la prise de pouvoir de ceux qui, partout dans le monde, défendent la démocratie et le libéralisme. Selon lui, les guerres en Irak et en Afghanistan avaient essentiellement pour objectif de consolider la paix grâce à des institutions pérennes et garantes des libertés. La réalité, on le sait, n’est pourtant ni aussi triviale, ni aussi idyllique.

« Democratic reform is a powerful force to advance U.S. interests ».

Il y a quelques jours, le même P. Wolfowitz faisait paraître, dans la revue Foreign Policy, un long article critique sur le réalisme en politique étrangère américaine. « Le pragmatisme, peut-être ; le réalisme, non », y écrivait ce chercheur associé à l’American Enterprise Institute : ceux qui vantent ou ont vanté les options géopolitiques du nouveau président, face au prétendu « idéalisme » de son prédécesseur, auraient tort. Pour P. Wolfowitz, B. Obama doit obliger certains Etats, « voyous » ou non, à de profonds changements internes, gages sine qua non, selon lui, d’une plus grande sécurité pour les Etats-Unis. Rappelant les « égarements » de la Détente dans les années 1970 et estimant que le mur de Berlin est tombé avant tout grâce à des évolutions internes au régime soviétique, il pense que B. Obama aurait dû davantage soutenir les opposants iraniens au nouveau pouvoir et condamner les élections truquées, au lieu de se réserver une marge de négociation sur le nucléaire et le Hezbollah - sur ce point, les faits semblent donner raison à P. Wolfowitz. Même chose, selon lui, avec la Russie ou la Chine : le président démocrate aurait été trop indulgent avec le non-respect des droits de l’homme. Résultat : les Etats-Unis donneraient au monde entier une image de vulnérabilité et de complaisance, extrêmement dangereuse pour la suite… Il est néanmoins important de dire que, quoiqu’en pense P. Wolfowitz, B. Obama n’a pas véritablement les moyens de faire pression sur son homologue russe, en particulier parce qu’il ne maîtrise que faiblement les jeux de pouvoirs nationaux en Europe. Il n’a donc pas la possibilité de l’obliger à le soutenir dans son « bras de fer » avec l’Iran, par exemple.

Pour P. Wolfowitz, le prétendu réalisme de l’administration Obama est dogmatique, idéologique et surtout dévastateur à moyen terme : la frilosité n’est pas la prudence, pense-t-il. La vision multilatéraliste de la géopolitique mondiale du président démocrate ne serait pas davantage productive : B. Obama aurait tellement peur de faire de l’ingérence et aurait tellement à cœur de se distinguer de G. W. Bush qu’il serait incapable de voir que les populations locales de beaucoup d’Etats souhaitent qu’il soit plus ferme vis-à-vis des velléités anti-démocratiques de leurs dirigeants. Selon P. Wolfowitz, il y a ainsi deux dangers dans le monde arabo-musulman : un risque d’impopularité des Etats-Unis au sein de la société civile (comme en Afghanistan et, de plus en plus, en Israël aujourd’hui), et une menace extrémiste qui tire parti de la « complaisance » américaine vis-à-vis des adversaires de la liberté. Avoir privilégié la stabilité à la démocratie, dans certaines régions, aurait donc nourri le terrorisme et l’islamisme. De plus, le rôle des autocraties arabes dans le processus de paix au Proche-Orient devrait être le plus faible possible – par ces mots, P. Wolfowitz vise notamment l’Egypte.

Rompre avec une trop grande prudence et être plus volontariste, belliqueux s’il le faut, avec les pays ou les élites non démocratiques : voici le conseil que les néoconservateurs, sous la plume de P. Wolfowitz, adressent à B. Obama. Les choses sont pourtant loin d’être aussi simples.

Suivre la vie du siteThink Again : Realism, by Paul Wolfowitz

3 commentaires ont été postés

  • Comment peut-on encore donner la parole à ce monsieur compte tenu de ses inepties répétées dans tous les domaines où il a pu oeuvrer sans ou avec son ami Perle ? La seule réussite de Wolfowitz est d’avoir été l’amant de la fille de Wolhsteter. Avoir instrumentalisés l’amical et sympathique Alan Bloom - lire son merveilleux livre, L’amour et l’amitié !- et bien sûr Léo Strauss dans ses turpitudes GMO montre bien que son amitié et son attention au monde est avant tout de la félonie inscrite dans sa source première, Carl Schmit.

    Répondre à ce message

    • Il ne s’agit pas, pour moi, de "donner la parole" à P. Wolfowitz, mais d’analyser son discours, afin de mieux comprendre le fonctionnement de la démocratie d’opinion américaine.

      C’est un principe de base de la recherche de ne pas s’intéresser uniquement aux personnes avec lesquelles on est d’accord. Sinon, nulle analyse du Front National, en France, par exemple, sauf par ses partisans ! (Avec les conséquences que l’on imagine. Or il me semble particulièrement important de connaître ce parti, son idéologie, ses positions, y compris (surtout ?) pour mieux les combattre). Loin de moi, donc, l’idée de prendre pour argent comptant ce que disent les "neocons" : étudier ce mouvement de pensée me semble plutôt une porte d’entrée instructive dans l’analyse de la société américaine.

      L’exemple d’Allan Bloom, que vous citez, est d’ailleurs intéressant : il fut l’un des opposants les plus vifs au communautarisme universitaire dans les années 1980. Peu importe qu’il ait tort ou raison, il a contribué à faire émerger le débat sur la "colour consciousness".

      J’ajoute que, si l’on veut adopter un point de vue pro-Obama, aujourd’hui comme demain, l’une des meilleures façons de le défendre est de connaître les critiques qui lui sont formulées. Même les plus vives, mêmes les moins réfléchies.

      Répondre à ce message

      • Je ne remets nullement en cause votre volonté de recherche et de compréhension de la complexité actuelle des relations politiques, diplomatiques et idéologiques planétaires. Partant des USA, l’analyse de W que vous présentez est bien un axe de critique et d’attaque contre la tentative d’Obama de recadrer une diplomatie et une stratégie plus structurantes et plus fondées sur les intérêts nationaux américains. Nous avons par ailleurs tous intérêt à comprendre l’état et la marche des USA, parce que le devenir de la puissance de ce pays interféra de manière drastique sur l’ensemble de la planète ; il s’agit donc bien d’un enjeu mondial d’où notre attention à ce que font les Etats Unis d’Amérique, nos alliés, pour sortir par le haut de l’ensemble des gouffres dans lesquels l’idéologie néocon a embourbé ce pays tout comme la dérégulation financière et bancaire a engendré la crise actuelle. Les défis actuels ont été donc mal posés par W et son groupe, parce que leurs intentions premières ne sont pas strictement fondées sur une véritable volonté de solutionner des "problèmes" mais sur l’utilisation de la force pour la force. Les néocons ne résolvent pas les problèmes, ils les écrasent. Or cet idéal de puissance strictement " germaniste" se retrouve aujourd’hui chez des personnes issues à l’origine de ce cercle territorial qui ont conduit les USA à la catastrophe intellectuelle et historique. Enfin, " intuitivement", répondre aux défis actuels nécessite des réponses innovantes, inventives. Or nous débarquons dans de "nouveaux mondes" souvent bien anciens ( entre le Tigre et l’Hindus), tout en gardant des logiciels et des instruments de navigation strictement techniques et technologiques. Or nous savons que plus nos connaissances sont larges, plus nos réponses aux problèmes du présent sont pertinentes. Le désastre des années Bush vient de là, et W en est l’un des principaux initiateurs. Ce monsieur a failli, ce monsieur a été à la naissance d’un monde plus troublé et a fait croire que le MO a une valeur stratégique au contraire de la question asiatique, de l’Iran à la Chine, où nous sommes bien là au coeur des ténèbres à venir. Si toute critique formulée est souvent constructive et enrichissante ; de grâce pas celle formulée par un personnage comme W ; il représente le cynisme, la fausseté, l’inhumanité et la bêtise qui font de ce monde, un monde mauvais.

        Répondre à ce message